Crise de la démocratie représentative et enjeux écologiques : quelles perspectives ?

Selon le dernier baromètre de la confiance politique CEPIVOF, 69% des français considèrent que leur démocratie fonctionne mal. À l’approche des élections municipales et européennes, le désenchantement des citoyens pour leur démocratie est préoccupant.

Notre démocratie souffre, mais de quoi ? De ses femmes et hommes politiques qui ont en charge l’intérêt général. Institutions et système politiques se confondent en effet avec des effets désastreux: lutte de pouvoir, clivages, conflits d’intérêt, défaut de représentativité… Le vote du citoyen ne semble être là que pour légitimer un système oligarchique au lieu d’exprimer son avis, la seule préoccupation de nos représentants étant de rester parmi les puissants.

A la tyrannie du Pouvoir s’ajoute celle de l’opinion et de la pression médiatique qui pèse sur nos dirigeant(e)s. Comment envisager une réflexion constructive lorsqu’est intimée l’obligation d’agir en temps réel, obligeant la femme ou l’homme d’Etat à se comporter en VRP pour satisfaire l’électeur « consommateur ». La démocratie souffre donc de confusions des genres, de sa gestion économique par nos élu(e)s, encore politiques ?

Quelles solutions face aux enjeux écologiques à venir?

jevote-jexisteFace à ce diagnostic, notre démocratie ne semble pas à la hauteur du défi écologique à venir. Reculs de l’Etat, programme peu ambitieux, … Cette incapacité chronique à inscrire l’écologie et le développement durable en général au cœur des décisions publiques au sommet de l’Etat nuit gravement à notre capacité d’adaptation. Certains enjeux écologiques, dont le réchauffement climatique est l’exemple le plus emblématique, ont des conséquences diffuses dans le temps et s’inscrivent à contre-courant du rythme de la démocratie d’aujourd’hui.

Et la place des citoyen(ne)s ? La grande mobilisation autour du projet d’aéroport Notre-Dame-des-Landes en est symptomatique: un projet né dans les années 70, une forte opposition qui dure depuis mais qui éclate médiatiquement des décennies plus tard ! Comment expliquer l’inefficacité de la procédure de consultation des citoyens sur un tel projet ? Le droit à l’information et à la participation du citoyen dans le cadre de projets relatifs à l’environnement est pourtant garanti dans la Constitution. En outre, de nombreuses procédures existent pour impliquer le citoyen : débats publics, enquêtes publiques, recours en justice…

Cependant, coincé entre les « experts » et les lobbys, le citoyen a trop souvent l’impression que tout est joué d’avance et se décide sans lui… qu’il ne lui reste plus alors que l’expression ultime de sa colère ! Il existe clairement une crise de la participation « institutionnelle ». Des mouvements de résistance citoyenne  se créent un peu partout en Europe contre ces « Grands Projets Inutiles » (Espagne, Italie, Allemagne…), des Zone A Défendre (ZAD) se créent en réponse à cette violence symbolique, parfois physique, qui s’exerce contre celles et ceux qui ne sont pas d’accord avec ces décisions qui se disent « politiques ».

D’une manière générale, trop de problématiques sont encore exclusivement laissées aux techniciens, les citoyens étant dépossédés de leur capacité de jugement. Influencés par les avis des climato-septiques hyper-médiatiques ou critiques face à des élu(e)s écologistes en manque de crédibilité, de nombreux citoyens font preuve de défiance. En outre, le peu d’intérêt, voire l’hostilité de beaucoup de citoyens vis-à-vis des institutions européennes, considérées souvent comme trop technocrates et éloignées de leurs préoccupations, est dommageable car le pouvoir décisionnel est aujourd’hui largement concentré au niveau européen. A titre d’exemple, la réglementation environnementale dans notre droit interne est aujourd’hui d’origine…européenne!

Finitude de notre planète, finitude de notre démocratie ?

L’avenir peut en effet paraître bien sombre lorsque le Pr Dominique Bourg écrit: « la crise écologique va obliger à des choix de société si drastiques que les régimes démocratiques risquent de ne pas résister longtemps face aux solutions autoritaires ». Ou lorsque Hans Jonas évoque le recours à une tyrannie « bienveillante » pour faire face aux défis écologiques. Mais devons-nous pour autant céder devant l’autoritarisme ou même le fatalisme du « On n’a pas le choix » ? Comment, en tant que citoyen, combattre ces faux dilemmes ? Car des alternatives existent et nous offrent un choix bien plus vaste que celui que nous présente nos femmes et hommes politiques. C’est à nous, citoyens, de mettre en marche des alternatives à leurs choix technocratiques. Le Pr Bourg affirme que seule la participation de tous, décentralisée, nous permettrait d’affronter démocratiquement les enjeux à venir. Il nous appartient alors aujourd’hui de réinventer notre démocratie, de l’ancrer dans nos territoires en donnant davantage de pouvoir(s) aux collectivités locales et en renforçant l’inclusion des citoyens dans la prise de décision.

Aujourd’hui, nous pouvons choisir de nous réapproprier le Politique, c’est-à-dire la chose publique, pour se rendre acteur(trice) de sa citoyenneté, pour aujourd’hui et pour demain. Un bulletin de vote reste un acte important s’il est accompagné d’un esprit critique, prêt à entrer en résistance si les décisions de nos politiques heurtent nos propres convictions. Mais il n’est plus le seul levier pour participer. Se réapproprier sa citoyenneté, c’est aussi se faire confiance en tant qu’individu, dans sa capacité à faire bouger les lignes et miser sur la force de créativité de la société civile. Au sein des villes, écoles, associations, coopératives, ou de l’économie sociale et solidaire, des alternatives voient le jour. Et tous les jours ! Pour toutes ces raisons, pragmatiques autant qu’utopistes, soyons des citoyen(ne)s actifs et ne limitons pas notre champ de vision à une poignée de femmes et d’hommes élu(e)s au suffrage universel !

Hélène Ménard et Séverine Beaufort, adhérente du GRAINE, pour les Feuilles du GRAINE n°8 « La participation citoyenne »