Episode 2 : réinterroger la citoyenneté

Comme prévu, Hélène a rencontré en formation des personnes qui avaient des expériences à partager sur ce sujet. Et des personnes qui avaient envie d’expérimenter, de se poser des questions avec nous, de nous faire intervenir pour faire différemment.

Nous avons dans ce cadre mené deux projets avec deux collectivités différentes :

Deux projets, deux territoires, deux temporalités différentes, mais dans les deux cas, des Conseiller.e.s Citoyen.ne.s qui se posent des questions, qui ont envie que les choses changent dans leur quartier, de mobiliser largement autour d’eux.elles pour changer ensemble les choses, de préférence telles qu’ils.elles les imaginent.

À Allonnes comme à Cholet, nous avons écouté les attentes et les craintes de ces personnes qu’on avait tirées au sort pour devenir Conseiller.e Citoyen.ne et se mettre au service des habitant.e.s de leur quartier. Ils.elles étaient souvent très enthousiastes à l’idée d’apporter leur avis et leurs idées, mais étaient moins à l’aise et moins outillé.e.s avec le fait d’aller demander l’avis et les idées d’autres qu’eux.elles.

C’est quoi un « projet citoyen » ?

Parce que ce que nous venions leur proposer relevait moins de la méthodologie de projet stricto sensus que de la réflexion sur ce qu’est un projet citoyen1, nous les avons amené, par différents outils, à réfléchir à ces questions : À partir de quand peut-on dire que c’est un projet citoyen ? À partir de combien de personnes impliquées ? À partir de quelle surface concernée ? À partir de quels critères est-on légitime (aux yeux des autres, de tou.te.s les autres) à se considérer citoyen.ne ? Être citoyen.ne, ça veut dire quoi pour moi ? Et comment ma définition de la citoyenneté va influer sur ma façon de penser un projet citoyen et de le mener ?

Oui, évidemment, on arrivait face à eux.elles avec quelques questions dans nos bagages. Et dans un coin de nos têtes, quelques unes des préconisations des militant.e.s d’ATD Quart-Monde . Nous étions conscientes que les personnes qui venaient là ne faisaient pas tou.te.s partie de celles et ceux qu’on entend le moins. De fait notre mission principale était de créer les conditions pour que les projets du Conseil Citoyen puissent prendre en compte la parole d’autres qu’eux.elles, de ceux.celles qu’on ne voit pas dans les réunions publiques, qui ne fréquentent pas les associations du quartier, qui ne viennent que rarement à des événements organisés dans le quartier… Notre mission était donc qu’ils.elles aillent vers d’autres autour d’eux.elles, de les motiver aussi pour qu’ils.elles aient envie à leur tour d’aller vers d’autres autour d’eux.elles. Et ainsi de suite pour faire monter la mayonnaise d’une dynamique d’expressions reflétant largement ce que vivent et pensent les différentes personnes vivant sur le même territoire.

« Aller vers » … oui, mais comment ?

Aller vers les autres, oui, mais à quel titre : que veut dire Conseiller.e Citoyen.ne pour quelqu’un.e qui n’en fait pas partie, quels mots peuvent l’expliquer de façon simple, comment sont interprétés les mots que je pense neutres, sont-ils neutres, comment le regard des autres sur ces mots m’amène à me poser de nouvelles questions ?

Avec quel(s) projet(s) ?

Est-ce qu’il s’agit d’avoir des projets thématiques de fleurir les balcons ou organiser une journée « ramassage des déchets »2 ? Est-ce qu’ils doivent être nécessairement en accord avec les orientations de la municipalité ? Est-ce qu’il ne s’agit pas plutôt de s’intéresser aux projets de la municipalité pour donner son avis, partager son expertise et ses idées ?

Avec quelle posture ?

Comment à la fois transmettre un message autour d’un projet et rester à l’écoute de ce que l’autre a envie de me dire par rapport à notre échange ? Quel(s) type(s) de paroles peuvent servir ma mission de Conseiller.e Citoyen.ne ? Et quel(s) autre(s) sont à relayer vers d’autres structures du territoire ou directement à la municipalité ?

Avoir des réponses pour poser les bonnes questions

Dans un cas comme dans l’autre, après avoir rassuré les craintes et satisfait les attentes exprimées, nous sommes arrivées avec les groupes au même constat : les Conseiller.e.s Citoyen.ne.s ont plein d’envies et la création de cette instance participative leur donne le prétexte d’aller recueillir celles d’autres habitant.e.s à condition qu’ils aient d’abord pu répondre à ces questions.

Chacun.e a ensuite choisi l’outil qui lui paraissait le plus propice à la rencontre : reportages audio, rencontres préparées avec des acteur.rice.s/structures en lien avec des personnes à la rencontre desquel.le.s ils.elles souhaitent aller, … et puis les astuces qu’ils.elles ont pu trouver pour « aller vers », cette notion qui leur faisait un peu peur : « C’est plus facile quand on a un chien et que la personne, elle en a un aussi ; comme ça, on peut parler des chiens. Ça marche aussi avec les enfants il paraît. », « Nous, on se dit qu’il faut bien essayer si on veut que quelque chose change ! Vous êtes pas d’accord ? », « Moi, je préfère parler un à un plutôt qu’à un groupe, parce que comme j’entends mal, je me sens plus à l’aise ».

Ne leur reste plus, à Allonnes comme à Cholet, à sauter le pas d’aller les tester !

Pour aller plus loin

Quelques retours (choisis) d’expériences des Conseils Citoyens depuis leur mise en œuvre :

1 à l’image des cartes sensibles qui nous permettent de parler des enjeux du diagnostic participatif des territoires (https://www.semerlacitoyennete.fr/reflexions/des-enjeux-des-diagnostics-participatifs-pour-la-construction-dune-societe-democratique/)
2Toute ressemblance avec des projets réels existants ou ayant existé est fortuite.