Les réseaux, une piste pour dépasser les crises du système ?

 

Où voulons-nous aller ?

Tout seul, on va plus vite, ensemble, on va plus loin. Qu’il soit franc-comtois ou africain, ce proverbe nous invite à nous poser la question de notre devenir : Où allons-nous ? Où nous mènent nos actions ? Mais surtout, voulons-nous véritablement aller vite dans la réalisation de nos projets ?

Many British traffic signsDepuis La fin de la guerre, nous avons vu naître une société basée sur la consommation avec la croyance que celle-ci empêcherait les conflits entre les pays du fait qu’ils ont un intérêt à être en paix les uns avec les autres. Avec avoir échafaudé des stratégies militaires pendant des millénaires, l’Occident s’est mis à élaborer des stratégies marketing. Le défi à relever ? Augmenter les volumes de production pour faire baisser les prix et innover toujours plus pour créer de la demande. Ce besoin d’innovation a changé notre vision du monde. L’espace-temps s’est contracté, les distances se sont raccourcies avec le développement des moyens de transport, le temps s’est accéléré avec le développement des technologies de communication.

À l’heure de la mondialisation

Toujours plus grands, toujours plus loins, les échanges se sont intensifiés. Réseaux de transports, réseaux de communication, médias sociaux, etc… Être en réseau pour être en lien, se connecter pour échanger, voilà des idées qu’on ne discute plus tellement elles sont évidentes. Et d’ailleurs, comment pourrions-nous ne pas acquiescer à l’idée d’être en lien, ou à celle d’échanger ?

Peut-être en questionnant la nature des liens qui forment ces réseaux et ce qu’échanger y signifie. Sur notre planète hyper-connectée, les liens et les échanges économiques accroissent les écarts de richesse en faisant disparaître les classes moyennes des pays aux acquis sociaux fragiles et en augmentant la dette des pays en difficulté. En outre, les outils d’échanges numériques alourdissent les facteurs d’exclusion sociale et économique, créent de nouveaux rapports sociaux et de nouvelles dépendances : qui peut vivre sans son téléphone portable et/ou sans accès à Internet pendant plus de 48h ? Enfin, ils développent nos capacités d’adaptation et de flexibilité. Mais à quoi ? Que fait ce système de l’Humain, de notre capacité et de notre besoin d’être ensemble, de s’inscrire dans notre vie, de nous engager ?

Et l’humain dans tout ça ?flickr.com - zigazou76 - panneau-circulation-limitation-8550133-l

Les réseaux font partie de notre vie mais se font au détriment de notre humanité lorsqu’ils nous poussent à sacrifier notre volonté de nous engager à notre besoin de nous adapter au monde tel qu’il fonctionne (ou dysfonctionne). Mais n’y a-t-il rien dans l’idée de réseau qui puisse renforcer notre humanité, c’est-à-dire notre capacité à être acteur⋅trices de nos vies, d’exprimer qui l’on est afin de s’épanouir au fil de nos rencontres et de nos actions ? N’y a-t-il rien qui puisse nous permettre d’aller plus loin ?

Fonctionner en réseau, c’est donc peut-être remettre l’humain au centre de l’action. L’humain et sa temporalité pour prendre le temps de requestionner la relation, d’être ensemble au-delà de nos projets communs, de partager un repas, d’échanger nos points de vue, de faire grandir nos imaginaires communs. L’humain et son environnement pour s’interroger sur nos échelles d’intervention, sur notre capacité à embrasser un territoire et ses dynamiques. Car intervenir sur un territoire, c’est en comprendre son identité, c’est être en relation avec lui. Ai-je une identité, un lien, me reconnais-je dans mon appartenance et dans ma capacité d’agir sur ma commune, mon canton, mon département, ma région, mon pays, mon continent, ma planète ?

Le réseau, un outil pour les citoyen⋅ne⋅s d’aujourd’hui et de demain ?

enfleur_JulieRieg_CC_BY_NC_NDEt face aux enjeux de compréhension et d’actions sur ce territoire, le réseau d’acteur⋅trice⋅s concerné⋅e⋅s et mobilisé⋅e⋅s, celles et ceux que l’on définit comme citoyen⋅ne⋅s, est une alternative locale qui se reproduit à l’échelle mondiale. Un peu partout dans le monde, des citoyen⋅ne⋅s déconstruisent, débattent, s’organisent, expérimentent, se remettent en question, évoluent autour de leur volonté de vivre autrement. Ils/Elles se rassemblent, prennent le temps d’échanger sur les modalités de leur faire-ensemble et/ou de leur vivre-ensemble, interrogent leur identité et leurs ancrages territoriaux, se mettent d’accord. En un mot comme en cent, ils font réseau autour d’un partage d’engagements éthiques plutôt que dans la course à l’échalote… euh à l’innovation.  

Article de réflexion paru dans Les feuilles du Graine n°10, Mars 2015