Que se passe-t-il dans nos tuyaux ?

 

Article proposé pour une publication dans Les feuilles du GRAINE Pays de la Loire, octobre 2013

L’eau douce qui sort du robinet, on nous demande de la payer chaque année, on nous dit de l’économiser en cas de sécheresse… Mais c’est qui, « on » ? À qui va l’argent de nos factures ? La question se corse lorsque les citoyens se demandent quel service s’occupe de leur alimentation en eau potable : régie municipale ou délégation de service public à une entreprise dont ils connaissent seulement le nom : Veolia, Suez… ? D’autant plus si l’on sait que les usagers sont obligatoirement consultés par la commune, notamment lors du renouvellement des contrats de délégation. Via nos factures, nous payons les traitements de potabilisation et d’épuration, les contrôles et les réseaux d’acheminement. Mais qu’est-ce qui se cache derrière les tarifs de l’eau ?

Sous le prétexte d’une gestion moins lourde et moins onéreuse, nos villes ont majoritairement délégué ce service public à des firmes privées. Et si les journaux dénoncent régulièrement l’augmentation de nos factures et le faible entretien des canalisations, ils abordent rarement le système économique qui se cache dans nos tuyaux. Pourtant, certaines villes ont choisi de revenir au service public : c’est le cas de Paris, qui choisit en 2009 de se détacher de Veolia et Suez pour créer la régie municipale Eau de Paris. Suivie de Berlin en 2011, qui remunicipalise Berlinwasser suite à un référendum.

photo forum de l'eau Les initiatives d’ici ou d’ailleurs ont vocation à démocratiser la question de l’accès à une ressource de bien commun. Démocratiser au sens d’intéresser aux affaires publiques, aujourd’hui et demain, pour qu’émerge une réflexion citoyenne durable. Démocratiser, c’est aussi susciter l’envie de participer à la res publica, la chose publique. En cela, la démocratisation passe par la  recréation d’un lien de confiance, de « faire avec » étymologiquement. Il s’agit alors de réfléchir avec les habitants sur le long terme, en partant de leur réalité pour tricoter du politique sur les sujets les concernant. Pour tricoter, il faut des acteurs nombreux et variés et des outils qui s’inscrivent dans une démarche de  :

  • libération de la parole, via le « porteur de parole » : une invitation à s’exprimer sur une question de société dans l’espace public
  • sensibilisation contradictoire – comme on parle de débat contradictoire – à l’aide du « jeu de la ficelle » : une approche systémique qui permet de passer du particulier au général et de penser la complexité et les interdépendances de notre monde
  • confrontation aux réalités avec le théâtre-forum : une mise en situation pour débattre entre citoyens, se confronter aux limites de nos utopies et aboutir à des propositions d’actions concrètes
  • rencontre entre acteurs : des temps d’échanges entre usagers et décideurs publics, entre les citoyens et leurs représentants, sur le long terme, afin que les premiers se réapproprient les questions qu’ils ont déléguées aux seconds.

Pauline et Hélène pour Semer, S’Eduquer Mutuellement pour une Eco-citoyenneté Responsable

Sources :

Gestion de l’eau : Berlin ne veut plus de Veolia (Basta Mag)

A Berlin, le contrat d’exploitation… (Le Monde)

Et si on (re)passait à une régie publique de l’eau ? (Rue 89)

Ressources :

L’eau publique/privée : une histoire française, Carnets d’eau, les blogs du Diplo

Jeux de rôle sur l’accès et la gestion de l’eau, en Provence-Alpes-Côte d’Azur et à Tentemlel, en Mauritanie. Jeux créés par Starting-Block et par Ingénieurs sans frontières. Nous animerons ces jeux avec les lycéens dans le cadre des Semaines de la solidarité internationale 2013, avec la Maison des Citoyens du Monde. Cette animation est faite en lien avec la Commission Eau de la MCM, qui réunit les acteurs associatifs travaillant autour de cette question.

Water makes money, film documentaire de Leslie Franke et Herdolor Lorenz

Crédit photo titre : Groume_Robinet_CC_BY_SA